Les étapes de la construction du couple

Quelles sont les étapes de la construction du couple ?

 

 

La construction du couple commence bien avant la mise en relation dite « officielle ». « Être amoureux n’est pas un état, mais un devenir », écrivait le psychosociologue italien Francesco Alberoni dans Le Choc amoureux (Pocket).

 

Les différentes recherches psychologiques, sociales, psychanalytiques et autres permettent d’affirmer que l’amour suit donc une chronologie allant du coup de foudre à la différenciation. Bien entendu, toutes les histoires ne sont pas les mêmes et donc la construction d’une relation de l’un n’est pas identique à celle de l’autre. Ces différences résultent des différentes constructions psychiques de chacun (expériences, vécus, fragilités, forces, influences extérieures…). De même, le passage d’une phase à l’autre n’est pas définitif : il y a des temps de régression, d’accélération, de stagnation… Il n’empêche : toutes les histoires d’amours passent par des stades identiques, ce sont ces stades que nous allons ici définir.

 

 

1. La rencontre

 

 

L’étape de la rencontre est à mon sens bien trop souvent oubliée, hors, elle compte et est même essentielle : Quel que soit le processus de rencontre, une chose est sûre c’est que : « La foudre quand elle tombe ne tombe pas n’importe où » (J.C. Kauffman, « Sociologie du couple », Edition PUF,

 

1993). Les études de J.C KAUFMAN ont montré que les artisans se marient ensemble, les ingénieurs avec des ingénieurs, les professions libérales avec les professions libérales, les ouvriers avec les ouvriers, etc. Ainsi pour la plupart des cas, les personnes vont se rencontrer sur des lieux qui leur sont communs (on parle alors d’endogamie et/ou d’homogamie professionnelle). Cela pourrait de moins en moins vrai avec l’apparition des réseaux sociaux et des sites de rencontre. Cependant, même sur les différents sites de rencontres peuvent représenter différentes classes sociales. Au-delà de la mise en relation de deux être, à cette étape, le corps et l’esprit nous envois d’innombrables signaux nous permettant de prendre conscience de l’attirance éprouvée pour notre futur « autre ». Les personnes qui ont connu le coup de foudre doivent certainement connaitre ce sentiment : les palpitations cardiaques, les mains moites à la découverte de l’être aimé(e) et bien d’autres signes qui laissent entendre à notre cœur que nous éprouvons des sentiments… si ces sentiments et/ou cette attirance sont réciproques le couple peut commencer à faire couple et entamer sa « lune de miel ».

 

 

2. La lune de miel, la fusion, ou période passionnelle

 

 

Lors de cette étape, peut être ressenti le sentiment d’avoir trouvé sa moitié, son évidence… « Tu es celle que j’attendais » ; « Nous sommes d’accord sur tout » ; « Toi et moi ne faisons qu’un » … Aujourd’hui, toute relation, ou presque, commence par une attraction passionnelle. C’est l’amour intense, la « symbiose ». Chacun est ressenti comme fusionné à l’autre. C’est la disparition des limites envers l’un et l’autre. L’agressivité est déplacée vers l’extérieur et marque la frontière entre le couple et l’extérieur (l’agressivité est prise comme ce qui permet de s’individualiser, d’être différent et d’exister comme un être distinct).

 

Cette étape idyllique est importante pour la construction du couple, car elle permet avant tout la création de la complicité. À cette occasion, chacun s’oublie et se noie dans la relation à l’autre. On assiste également à un événement remarquable, c’est l’annulation, l’exclusion par chaque partenaire de tout élément agressif à l’égard de l’autre.

 

Au cours de la lune de miel, chacun s’imagine que si cette relation est aussi intense, l’être aimé est re-narcissisé et re-narcissise l’autre (Ce qui soit dit en passant répond à un besoin humain). Il correspond parfaitement à l’image du partenaire idéal qu’il porte en lui. La fusion peut être vécu comme rassurante jusqu’à un certain degré.

 

Cependant pour que le couple puisse continuer à faire couple, arrive la nécessiter d’un retour à la réalité qui ne peut avoir lieu difficilement sans l’entrée dans l’étape de la crise.

 

 

3. La crise (et son rôle dans la construction du couple)

 

 

La crise est due à une déception vis-à-vis de l’autre, de la relation d’objet. Alors que celui-ci n’était vu que comme un être idéal, il est à cette étape enfin perçu comme potentiellement défaillant. Beaucoup de couples se séparent à cette période, car chacun peut avoir le sentiment que l’autre sujet ne répond plus à aux attentes personnelles. Le processus d’idéalisation touche à sa fin. Même si elle peut être vécue de manière violente, la crise est importante dans le couple, car ce n’est qu’à ce moment-là que chacun va pouvoir se voir différemment et prendre l’autre dans sa globalité.

 

La crise entraine le retour des pulsions agressives et oblige chaque partenaire à entrer dans une phase de deuil de l’être idéalisé. Rappelons que lors de la fusion, les partenaires ont pour sensation de ne faire qu’un. Au moment de la crise ils se sentent agressés et peuvent agresser l’autre qui n’est donc plus soi-même. Ainsi agresser l’objet d’amour serait similaire à soi-même. Ce qui favorise la douleur et la déception puisque cela impacte le narcissisme. Il est difficile de rompre avec sa vision fantasmée de l’amour et d’accepter de vivre une relation non idéalisée. Cependant, les couples qui parviennent à s’individuer lors de cette étape qui est à mon sens la première crise dite celle de différenciations pourront par la suite aller vers une restructuration du couple. La crise permet donc la restructuration.

 

Pour permettre la restructuration du couple à l’étape de la crise, il est nécessaire que le couple soit en mesure de comprendre ce qui les a menés à la crise. Mettre à plat les discordances et désaccords pour réussir à les surmonter.

 

 

4. De la restructuration à la différenciation

 

Selon la définition dite « commune », la restructuration est une opération par laquelle un ensemble organisé voit sa structure organisationnelle remaniée en vue d'atteindre une nouvelle configuration. Le couple est à lui seul une organisation, un système, après la première crise que nous avons évoquée ci-dessus, il doit s’il veut continuer à fonctionner ensemble apprendre à « vivre ensemble » en acceptant les différences inhérentes à chacun et donc en acceptant de faire le deuil de «la moitié idéale ».

 

La différenciation peut être vécue comme une période de déception vis-à-vis des projections que l’on avait sur l’être choisi. Il n’est pas simple de rompre avec sa vision fantasmée de l’amour et d’accepter de vivre une relation qui ne soit pas tous les jours synonymes de plaisir. Signe de notre attachement à une tradition romantique ou de l’influence d’une société qui fait de l’hédonisme une finalité : nous avons tendance à penser que la fougue des premiers temps est « la » définition de l’amour. Ainsi, les individus qui constituent le couple pourront et surtout devront apprendre à se différencier. À vivre d’une certaine manière indépendamment l’un de l’autre. Cette étape est fondamentale puisqu’elle permet de se retrouver soi-même, de reprendre contact avec ses propres intérêts et objectifs de vie. Sans cette étape, la fusion finit par être vécue comme un carcan dans lequel les personnalités de chacun sont niées.

 

 

Certains couples passent plusieurs années dans une étape ou dans une autre. Cela peut convenir ou dé convenir, à chacun de faire le point et d’évaluer ses attentes.

 

Et vous, à quelle étape de votre couple êtes-vous ?

 

 

          Dorine NKODIA

praticienne en psychothérapie

thérapeute conjugale et familiale